Soft, mais fier

Just so you know, I wrote this in French, because the article I comment in this post was written in French. But I wrote an English traduction of this post too, because I really wanted to make sure everybody could read it. You can find the English version just under this post, here.

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Bon, il est temps pour moi de parler d’un sujet qui me tient un peu à coeur, comme vous l’avez sans doute deviné en voyant le titre du blog. The Soft European, c’est bien évidemment ma petite réponse aux clichés fréquemment véhiculés dans certains médias, francophones et anglophones, sur les joueurs européens. Attention, ça va être un post bien loooong…

Ces clichés, bien sûr, on les entend surtout quand ça va mal. Alors dans la période actuelle, ce n’était qu’une question de temps avant que ça revienne sur le tapis. Et ça n’a pas loupé. Voilà le magnifique édito écrit par Jeremy Filosa sur le site de la radio CKAC, et intitulé: Plus de Québécois pour contrer l’indifférence.

Je vais éviter les attaques personnelles contre Jeremy Filosa. Je n’ai jamais entendu parler de lui, et de toute façon, il n’est qu’un exemple de cette tendance lamentable à blâmer invariablement les Européens quand ça va mal. Mais un très bon exemple, puisque son texte reprend à peu près tous les clichés habituels, et qu’il trouve le moyen de rajouter en plus quelques mots sur le deuxième cheval de bataille d’une partie des médias montréalais: la question de la représentation francophone au sein du Tricolore.

L’article commence par un petit retour historique censé nous ouvrir les yeux sur une des recettes supposées des succès du Canadien: sa composition ethnique.

En 1909, lorsque les dirigeants de la National Hockey Association ont décidé de donner à Jack Laviolette les rênes d’une nouvelle franchise, le but était de faire du Canadien une équipe francophone qui devait représenter les Québécois. Pour donner aux Canadiens la chance de bâtir l’équipe à l’image des Québécois, les autres équipes de la NHA ont accepté de ne pas embaucher de joueurs canadiens-français avant que le Canadien puisse se servir à souhait. Le Tricolore a maintenu cet avantage pour les 10 prochaines années.

Éventuellement, les joueurs canadiens-anglais se sont intégrés à l’équipe pour former un tonic qui a connu un succès fulgurant pour les 85 prochaines années. Le Tricolore a remporté 24 coupes Stanley au cours de cette époque.

Sans vouloir comparer la Ligue nationale à 6 équipes et le circuit Betmman (sic) d’aujourd’hui, il faut admettre que la recette du Canadien a connu une grande part de succès.

Déjà, il est bon de rappeler que s’il est vrai que les dirigeants de l’époque ont souhaité faire du Canadien un club francophone, c’était, plus qu’un choix politique, dans le but de concurrencer les autres équipes montréalaises de l’époque, et notamment le National, qui jouait alors dans la ligue rivale CHA (voir ici). Surtout, le Canadien embauche un joueur anglophone dès sa troisième saison, en 1911-12. L’idée d’un club exclusivement francophone n’a donc duré que deux saisons.

L’article explique ensuite à quel point les Européens ont peu compté dans les succès du Canadien.

En fait, dans toute l’histoire du Canadien, il n’y a que 3 joueurs européens qui ont remporté la coupe Stanley à Montréal : Mats Naslund, Kjell Dahlin et Petr Svoboda. Ils étaient clairement en minorité dans le vestiaire du CH.

C’est un argument plutôt léger quand on sait que le Canadien n’a gagné que deux coupes depuis 1980, une époque où les Européens faisaient figure d’exception dans la ligue.

koivu1004Tellement soft.

Mais c’est là que viennent les passages les plus lamentables de l’article, ce qui m’a vraiment fait bondir.

Je suis certain que Carbonneau n’a pas besoin d’aller voir Tom Kostopoulos ou Steve Bégin avant un match pour leur expliquer qu’ils ont besoin de donner leur 100% ce soir. La réalité, c’est que les Européens ont vécu une enfance et une adolescence bien différente que les jeunes hockeyeurs nord-américains. Carbonneau a bien beau vouloir tenter de passer un message à un jeune russe comme Sergei Kostitsyn, mais le même message qui fouetterait un jeune québécois, pourrait avoir l’effet inverse sur un russe. C’est naturel, c’est la condition humaine. Carbonneau ne pourra jamais se vanter de pouvoir lire à perfection la mentalité d’un jeune joueur européen. Par contre, il a une sacrée bonne idée de ce qui fait réagir un jeune québécois puisqu’il est déjà passé par là.

À quel point est-il important pour les joueurs européens de gagner la Coupe et de bien performer? Pour un jeune nord-américain, le rêve ultime, c’est de gagner la coupe Stanley, et ce, depuis un très jeune âge. Les Européens ont-ils vécu cette même réalité depuis leur enfance? J’en doute. Ils ont vécu une réalité toute différente où l’objectif rêvé est de se rendre à la Ligue nationale pour assurer l’avenir financier de leur famille. Le reste, comme on dit en anglais, c’est du ‘Gravy’.

Le joueur québécois n’a pas l’option de demeurer indifférent à la défaite puisqu’il vivra la déception chaque jour jusqu’au début de la prochaine saison. Il n’y a pas un joueur québécois qui peut se dire indifférent à devoir toujours répondre aux mêmes questions tout l’été.

(…)

Depuis le 5 décembre, première journée de l’année du centenaire du Canadien, j’ai la chance d’interviewer plusieurs anciens du Canadien qui ont remporté la coupe Stanley lors des années, ’50, ’60, ’70 et ’80.

La phrase qui revient le plus souvent est la suivante : «Nous avions un désir de gagner qui était inébranlable. Un désir de gagner chaque match et surtout de gagner la coupe Stanley.»

J’ai comme l’intuition que ce n’est pas exactement le même sentiment que vivent présentement nos Plekanec et Kostitsyn.

Voilà le cœur de l’argumentaire classique contre les Européens. Les Européens, ils jouent pour l’argent. La coupe? ça les intéresse pas. Du coup, ils donnent jamais tout ce qu’ils ont. En plus, on peut pas vraiment blâmer les entraîneurs de pas réussir à tirer le meilleur d’eux. Parce que voyez vous, les pauvres entraîneurs, ils savent pas comment s’y prendre avec les Européens. Ils sont pas comme nous. On sait pas comment ils fonctionnent ces bestiaux là. Un Canadien c’est facile, vous lui parlez de la coupe, il donne tout ce qu’il a. Mais un Européen, non. Il veut juste l’argent. (Sans doute parce que l’Europe vous savez, c’est encore un peu sous développé… Je suis sûr que la famille de Cristobal Huet, est soulagée qu’il gagne des millions, ça leur a enfin permis de faire installer l’électricité chez eux et de manger de la viande. C’est pas donné à tout le monde en France. C’est pareil pour la famille  de Streit en Suisse d’ailleurs. La Suisse, c’est le Tiers Monde, c’est bien connu.)

kovyJuste intéressé par l’argent.

Donc pour récapituler, Carbonneau ne peut pas tirer le maximum d’un Kostitsyn, parcequ’il ne peut pas “se vanter de pouvoir lire à perfection la mentalité d’un jeune joueur européen”. Mais par contre, Jeremy Filosa, lui, est suffisamment intelligent pour savoir que pour un Européen, “l’objectif rêvé est de se rendre à la Ligue nationale pour assurer l’avenir financier de leur famille”.

Mais attendez, ce n’est pas tout. Il ne faut pas oublier de taper un petit peu sur Koivu. LE symble même du soft European à Montréal. Vas-y Jeremy, fais toi plaisir:

Pour avoir été présent dans le vestiaire du CH, lors de tous les matchs locaux depuis 10 ans, je peux vous affirmer que lorsque les portes du vestiaire ouvrent et que Steve Bégin attend pour répondre à nos questions, sans même avoir vu le match, tu sais quel genre de partie le Canadien a jouée, simplement en regardant son visage. Bégin déteste perdre et jubile après une victoire. Il y a de l’émotion dans son visage et dans ses paroles.

Je ne veux rien enlever à Saku Koivu, qui donne généralement un effort honnête à chaque match, montre rarement de l’émotion dans le vestiaire après les matchs. D’ailleurs, après 3 ou 4 questions, on a toujours de la difficulté à déceler s’il est heureux ou déçu de la performance des siens. Je n’ai jamais vu Koivu montrer la moindre émotion dans un «scrum», même après les défaites les plus amères et importantes. Je peux comprendre que l’on conseille toujours aux joueurs d’être ni trop haut ni trop bas, mais à un moment donné il fait qu’un fusible saute pour qu’il y ait des flammèches.

Là ça devient franchement pathétique. Reconnaissant lui même qu’on ne peut guère faire de reproches à Saku puisqu’il donne tout sur la patinoire (Tiens c’est curieux, les entraîneurs ont réussi à percer sa manière de penser à lui?), le journaliste le critique parcequ’il ne montre pas assez d’émotion dans ses déclarations d’après match. C’est tellement con comme raisonnement que je préfère ne pas insister.

sergei

Paresseux et pas assez motivé

La solution? C’est simple, il faut repêcher et embaucher plus de Nord-Américains et moins d’Européens.

D’ici 5 ans, peut-être que le visage de cette équipe aura changé et peut-être qu’un Guy Carbonneau de ce monde aura une bien meilleure idée comment aborder ses jeunes qui vivent exactement la même chose que Guy a vécue il y a 25 ans. Au mieux, il n’aura même pas besoin d’aller les voir pour leur dire qu’ils doivent tous donner, leur passion pour le CH prendra automatiquement le dessus.

Bref, un vrai “changement de philosophie”. Effectivement, c’est un changement de philosophie. Ca s’appelle ne surtout pas remettre en question ses préjugés racistes, et aller vers le repli sur soi et l’enfermement. Si le Canadien prenait cette route là, je ne manquerais pas de changer d’équipe favorite. Mais j’imagine que des partisans comme moi, Jeremy Filosa s’en fout pas mal. Je ne suis pas Nord Américain. La Coupe, ça m’intéresse sans doute pas vraiment.

Une réaction, Don?

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Posted February 13, 2009 by Grrrreg in Uncategorized

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